Interview de Paul Du Noyer, auteur de « Conversations avec Paul McCartney

octobre 20, 2015 dans Macca

Du NoyerDu Noyer

La veille de la publication de son livre « Des mots qui vont très bien ensemble Conversations avec Paul McCartney » et d’une séance de dédicaces à Paris, Maccaclub a retrouvé Paul Du Noyer pour un entretien chez son éditeur.

 

Le livre a été publié en Grande Bretagne, quelques semaines avant l’édition française. Comment a-t-il été accueilli ?

Nous avons eu de bons retours et notamment un grand article dans Mojo, le magazine que j’avais créé en 1993. Ils me devaient bien un bon papier !

Le lancement du livre a été fait à Liverpool, votre ville natale.

Oui, il y a eu un bel évènement avec une grande fête. J’ai été également très satisfait d’avoir l’avis de Geoff Baker qui fut l’attaché de presse de McCartney. Il a écrit dans un journal londonien que ce livre était celui qui en disait le plus sur Paul. J’ai trouvé cela très flatteur car il le connait bien. Nous avions travaillé ensemble, donc je l’ai vraiment pris pour un compliment.

Quand avez-vous eu l’idée de compiler vos entretiens ?

J’y pensais depuis pas mal d’années parce que je me suis rendu compte que j’avais interviewé Paul McCartney plus souvent que n’importe quel autre musicien. Je dois être un de ceux qui l’a le plus interrogé après Marc Lewishon et Barry Miles qui ont dû passer plus de temps avec lui. Je ne sais pas vraiment.

Vous savez combien d’heures cela représente ?

Environ 35 heures d’entretiens. Je ne vous raconte pas le travail de retranscription.

Quand vous réalisiez une interview pour Mojo ou Q, vous ne publiez qu’une partie de ces entretiens. Vous aviez donc des passages inédits ?

C’est vrai que pas mal de parties n’avaient jamais été publiées auparavant. Et j’ai écrit beaucoup pour cet ouvrage, également. Même si certains ont lu tout ce qui est paru dans la presse, il y a beaucoup de choses nouvelles dans le livre.

Etait-ce facile de trouver le bon plan du livre avec une partie chronologique et ensuite quelques thèmes ?

Non, cela a pris pas mal de temps. J’ai repris toutes les interviews que j’avais réalisées sur cassettes ou sur l’Ipod, pour les plus récentes. J’ai retranscris tous ce qu’il m’avait dit. Vraiment tout. Cela m’a pris plusieurs semaines de travail. Ensuite, j’ai pensé aux thèmes ou sujets que je pourrais évoquer. Mais d’un autre côté, la plupart des lecteurs veulent être guidés alors j’ai pensé qu’il fallait que la première partie soit chronologique : sa jeunesse, les Beatles, Wings etc… Dans la deuxième partie, je traite des thèmes : les tournées, la composition ou le rôle de Linda.

Wings Perform At The Lewisham Odeon In London

Votre première rencontre avec Paul s’est déroulé à Liverpool après un concert des Wings, le 23 novembre 1979. Vous écrivez que c’est après cette expérience que vous avez su que vous étiez fait pour le métier de journaliste musical. C’est vrai ?

Oui, je le pense. A cette époque, j’étais au New Musical Express, depuis un an et j’espérais faire carrière, mais ça ne rapportait pas grand-chose. J’étais très jeune et j’avais démarré au bas de l’échelle. Au bureau, ils m’ont dit : « Tu es de Liverpool. Paul McCartney va jouer là-bas et donner une petite conférence de presse. Pourquoi n’irais tu pas ? ». J’étais heureux et très étonné. J’ai pensé alors que c’était vraiment un travail fait pour moi. Ça a été très court, mais j’ai été si heureux  de le faire.

Quand l’avez-vous revu ensuite ?

La seconde fois, c’était dix ans plus tard, pour l’album « Flowers in the Dirt ». J’avais rejoint le magazine Q. Ils m’ont demandé d’aller chez Paul, dans son studio, dans le Sussex. Ça s’est très bien passé et je suis resté toute une journée avec lui. J’ai réalisé une très longue interview et nous nous sommes très bien entendus. Il avait l’air très détendu et heureux. Et moi aussi. Je suis allé ensuite voir les répétitions pour le tour qui allait suivre. Deux semaines plus tard, MPL m’a téléphoné pour me demander d’écrire les textes du magazine qui serait offert à chaque spectateur pendant la tournée mondiale. J’étais heureux car j’allais passer une semaine entière avec l’ex-Beatle. Je dormais dans un motel à proximité et je me rendais au Mill chaque matin. Pendant deux heures environ, il me racontait toute sa vie, en fait. Son enfance, les Beatles, sa carrière solo. Surtout la musique et peu finalement sur sa vie privée. La moitié de ces entretiens se sont retrouvés dans le magazine. L’autre moitié inédite est dans le livre. C’était une énorme quantité de matériel pour moi.

530246b

Une expérience incroyable à vivre…

Oui, c’était un honneur d’avoir autant de temps à passer avec lui. J’ai travaillé sur un autre programme, puis sur des présentations d’albums pour la presse. J’ai participé aux éditions de luxe des rééditions de ses disques. Paul m’a demandé de travailler sur le livre qui accompagnait « Band On The Run ». Je l’ai interviewé à nouveau et imaginé le format du coffret. C’est celui qui est toujours utilisé pour les nouveaux disques. L’année suivante, nous avons produit « McCartney » et « McCartney II ». L’idée ensuite était de faire appel à d’autres personnes pour les suivants, mais je travaillerai, sans doute, sur une autre réédition.

Pensez-vous que Paul donne sa confiance facilement ?

Je ne sais pas. Il a ses propres secrets. Mais il parle librement et fait en sorte que les gens se sentent à l’aise avec lui. Ce qui est formidable car tout le monde est nerveux quand on doit le rencontrer. La première fois, en 1979, j’étais terrifié. Un peu comme quand on doit se retrouver sur une table d’opération. Après, on s’habitue quand on le voit plusieurs fois. Mais on garde à l’esprit le fait que c’est tout de même quelqu’un qu’on a toujours admiré.

Dans l’introduction, vous écrivez que c’est un type formidable, mais également un génie…

Oui, je le pense. Un homme ordinaire et gentil avec qui on aimerait aller boire un verre au bar du coin. Mais c’est aussi un génie avec un talent exceptionnel. Je pense que s’il arrêtait de penser qu’il est une personne normale, il deviendrait probablement fou.

Lui avez-vous vraiment dit que la chanson « From a lover to a friend » aurait nécessité un peu plus de travail ?

Non ! C’était trop tard, la chanson était publiée. Mais je me suis fait cette réflexion. Je pense que c’est une très belle mélodie, mais les paroles semblent inabouties, pour moi.

Paul Paris

Vous êtes fan des Beatles et de Paul ?

Oui, définitivement. J’étais fan des Beatles et de Wings, au début. A la fin des seventies, j’ai changé de style avec l’avènement du punk. J’étais à Londres et j’allais dans les clubs pour voir les Sex Pistols et les Clash. J’ai tourné le dos à Wings, en quelque sorte. Dans les années 80, j’étais journaliste et j’écoutais tous un tas de disques. J’entendais ce que faisait McCartney, mais pas assez attentivement. Dans les années 90, avec les rééditions en CD, j’ai vraiment redécouvert certains morceaux. Ces dix dernières années, j’ai vraiment beaucoup écouté sa musique sur mon ordinateur et j’ai vraiment réalisé combien j’aimais ça. Quand j’ai décidé d’écrire le livre, je n’ai plus écouté que cela.  Même les œuvres classiques et les disques de Fireman que je n’avais jamais vraiment écouté attentivement. Je me suis dit que je devrais écrire ce livre et encourager les gens à explorer plus que les aspects les plus évidents de sa musique. Personne ne peut aimer tout ce qu’il a écrit et je n’apprécie pas toute son œuvre, mais je pense que les auditeurs vont trouver des surprises dans certains morceaux. Et maintenant c’est facile, on peut tout écouter sur internet.

A la fin du livre, vous livrez vos 50 chansons favorites de McCartney. Etait-ce un exercice facile ?

Non, parce que ces 50 changeaient toutes les semaines. Si je le faisais à nouveau maintenant, ce serait encore une autre sélection.

Il y a quelques pièces classiques comme « Celebration » ou « Spiral »…

Oui, j’ai tenté de mettre des titres connus et des choses plus obscures. La semaine dernière, j’écoutais « Ocean Kingdom ». Je n’ai jamais vu le ballet et je ne suis pas certain de vouloir le voir car je n’y comprends pas grand-chose, mais j’aime beaucoup cette musique maintenant.

Quelle est votre période musicale préférée ?

J’ai horreur de dire que c’est celle des Beatles. Mais tout ce qu’il a écrit avec eux est époustouflant. Ce serait un miracle de pouvoir recommencer cela. La même chose est arrivée à John Lennon. Quand on prend toutes les chansons de « Revolver », c’est vraiment ce qui s’est fait de mieux en manière de composition. J’aime vraiment aussi les deux premiers albums solos de Paul et de plus en plus les disques de Wings.

Les critiques n’ont pas été tendres avec « Ram » qui est aujourd’hui considéré comme un chef d’œuvre.

Ils s’attendaient sans doute à un nouveau « Abbey Road ». Mais il n’a pas fait ça et s’est amusé en studio. Mais c’est un disque brillant car dans chaque chanson, il y a différentes atmosphères à l’intérieur. C’est certainement mon disque préféré.

Avez-vous envoyé votre livre au principal intéressé ?

Je lui ai envoyé un exemplaire. J’espère qu’il l’a bien réceptionné. Il y a un an, je lui ai adressé un mail pour lui annoncer que j’allais écrire ce livre. Je lui ai précisé qu’il n’aurait rien de spécial à faire car j’avais déjà toutes les interviews. Dans les deux heures qui ont suivi, il m’a répondu : « Cette idée de livre me semble bonne, mais j’aime l’idée que je n’aurai rien à faire ! ». Quand le livre a été publié, j’ai contacté son bureau pour savoir s’il voulait aider pour la promotion, mais ils m’ont rappelé que j’avais précisé que Paul n’aurait rien à faire pour ce projet. Et il a suffisamment de travail avec ses disques et ses tournées.

Merci beaucoup Paul Du Noyer pour cet entretien.

Merci à vous. A bientôt.

Propos recueillis par Dominique Grandfils

 

 

Paul Domi92a2e3e7-8e1b-49cf-8962-5693620de83f

 

« Des mots qui vont très bien ensemble Conversations avec Paul McCartney » de Paul Du Noyer

Editions Baker Street. 21 €