The Beatles: Eight Days a Week – The Touring Years

septembre 9, 2016 dans Macca

En 1966, The Beatles est un phénomène qui dépasse les frontières de la musique. Albums cassant les codes, hits définissant la Pop au sens noble du terme ; le groupe originaire de Liverpool accompagné par des personnages aussi incontournables que Brian Epstein ou Mal Evans est en train de secouer le monde qui est alors aussi en plein chamboulement. Des tournées s’organisent toujours plus loin, toujours plus fréquentes et réunissant toujours plus de fans hommes et filles de tous âges. Ces dernières ayant un lien particulier avec l’Histoire du groupe sur scène tant les concerts des Beatles sont souvent difficile à gérer : brouhaha assourdissant, moyens techniques à la peine pour couvrir les cris des gens et villes dépassées par des événements alors ingérables. Comment ces quatre garçons ont-ils pu garder les talons de leurs boots sur la terre ferme et la tête froide sans être engloutis par un trop-plein de folie devenu incontrôlable ? A l’été 1966, le 29 août pour être précis dans le mythique Candlestick Park de San Francisco et après être descendus de la scène ; le groupe est unanime : « Cela ne peut plus durer ».

C’est cette intense aventure de presque 5 ans que le réalisateur Ron Howard a voulu présenter à tous les publics sous la mention : « The band you know, the story you don’t ». (Littéralement : « Le groupe que vous connaissez, l’histoire que vous ne connaissez pas »). La promesse est à la hauteur de ce quartet sur lequel tout ou presque tout a été, est et sera dit. Car s’attaquer aux Beatles en concert est un long travail fait de recherches et de milliers d’heures de visionnages entre documents vidéo, sonores et photographiques de plus ou moins bonne qualité…

Techniquement, il faut souligner le travail assez formidable réalisé par l’équipe du film pour restaurer certains documents. Monté avec un rythme assez frénétique mais ne noyant pas trop le spectateur dans un catalogue d’informations ; le film alterne entre extraits de concerts, de vidéos intimistes où l’on voit les Beatles tenter de se reposer dans des chambres d’hôtels malgré la présence parfois dérangeante de journalistes et de versions studios ou live en fond sonore de leurs chansons… Des intervenants de choix viennent parler de leurs propres expériences de fans tels que Elvis Costello ou bien Whoopi Goldberg qui narre gaiement et avec une belle pointe de sympathie son rapport au groupe à leurs concerts. John Lennon, George Harrison, Paul McCartney et Ringo Starr sont présents soit à travers des images d’archives pour les deux premiers soit en bonne et due forme pour commenter les images avec tout le charme qu’on leur connaît ; Paul rappelant que les Beatles « était un bon groupe de musique ». Toujours fascinant à entendre. La société Apple Corps étant un des principaux partenaires du film ; leur présence est donc justifiée. Outre l’origine donc officielle des archives et des morceaux diffusés à l’écran, nous notons la présence de Giles Martin à la baguette pour l’aspect musical. Avec un son qui fait plaisir à entendre – les cris des fans ayant été assez remarquablement diminués, Ndlr – et une image remastérisée de façon plus ou moins nette ; nous pouvons dire que l’ensemble est très réussi ; comme souvent avec Ron Howard…

Alors qu’en est-il concernant le contenu ? A vrai dire, il est vraiment riche… D’une part les documents photographiques qui parsèment le documentaire apportent parfois leurs lots de belles émotions. Photos du groupe en vacances tirées d’archives personnelles, photos sur scène, en coulisses… Le film est truffé de ces clichés plus ou moins célèbres des Fab Four. Certains documents inédits venant compléter le tableau nous ont positivement surpris. Outre les photos, on trouve un grand nombre d’extraits d’interviews. Ce qui frappe dans cette compilation c’est la mise en avant du réalisme et du sang-froid qu’affichait le groupe. Des caractères qui ressortent fortement grâce aux traits d’humour des membres de ce dernier. Ils avaient cet humour très laconique qui était tout sauf provocation. Le film est donc rempli d’interventions assez comiques issues des différentes conférences de presse auxquelles le groupe a participé. On retrouve John Lennon dans ces grandes heures à la fois provocateur et naturel se faisant passer pour un certain « Eric » devant les questions d’un journaliste quelque peu mal renseigné sur le groupe ou bien répondant que les fans des Beatles crient dans les tribunes des endroits où ils se produisent en comparant leur réaction à celle d’un public qui exulterait lorsque leur équipe de football favorite marque un but… D’autres « séquences de vie » valent leur pesant d’or dans ce sens. Sans pour autant en dévoiler plus, nous retrouvons le côté blagueur des membres du groupe à de nombreux moments. Mais ce qui est surtout très beau et c’est aussi l’avis de plusieurs intervenants, c’est cette cohésion et cette fraternité. Souvent, les récits racontés dans le film mettent l’accent sur la capacité pour les membres du groupe à veiller les uns sur les autres. C’est un fil conducteur que nous avons beaucoup apprécié. Nous sommes en droit de le penser ; sans décisions démocratiques et collégiales pendant les tournées ; les Beatles n’auraient peut-être pas eu la longévité qu’ils ont eue. C’est évident certes, mais ce film tend à démontrer une forme de pacifisme assez général au milieu de la tempête médiatique qu’ils ont traversée. A coup de numéros 1, de singles, de compositions et de journées durant lesquelles ils faisaient parfois une séance d’enregistrement, une séance photos, une conférence de presse et un concert le soir ; le rythme de vie des Beatles en tournée devenait très compliqué à gérer. D’où « Help ! » et son refrain qui déjà à sa sortie en 1965 tirait la sonnette d’alarme.

D’autre part, nous retrouvons de nombreux extraits de concerts devant lesquels nous sommes restés parfois un peu dubitatifs. Précisons que c’est plus le manquement technique qui fait défaut tant les instants où les Fab Four se produisaient étaient mémorables. Au final, cela ne nous a pas retiré le plaisir. D’abord pour des raisons purement musicales : les spectateurs présents à leurs concerts et même s’ils n’en n’avaient pas toujours la possibilité étaient là, à découvrir ou réentendre des morceaux parmi lesquels sont restés des chansons d’une puissance mélodique encore inégalée aujourd’hui. Ensuite parce que le groupe réussissait dans une immense cacophonie et avec de tous petits amplificateurs à jouer ensemble sans que l’on puisse déceler de coquilles. Imaginez la performance que de placer « Baby’s In Black » et ses harmonies vocales en live devant un parterre de 5000 personnes venues crier leur amour pour le groupe… Il fallait le faire… Enfin parce qu’il est terriblement intéressant de s’imaginer ce que déplaçait le phénomène à son apogée sur scène. Des salles remplies avec parfois 10 fois plus de personnes à l’extérieur qu’à l’intérieur de la salle voulant elles aussi avoir leur place dans les gradins forment un exemple probant. Le film propose aussi une flopée vertigineuse de filles pour la plupart ; des adolescentes (parfois des garçons) dans des états extrêmes de joie mêlée de pleurs. Les malaises étaient courants pour ces jeunes face à la puissance de ce qu’elles voyaient. C’est un aspect explicitement restitué dans ce film d’une société qui, à l’époque ; n’avait pas été vraiment préparée à de telles émotions avec par exemples des plans sur des policiers portant des fans épuisés ou évanouies dans les travées des salles de concerts. Aussi, nous avons fortement apprécié la précision des informations, ainsi que la belle qualité de récit de ces aventures. Il fallait trouver un juste milieu entre les séquences pour séduire le fan acharné et l’amateur qui vient tenter de comprendre le phénomène musical. Evidemment, Ron Howard a trouvé la clé. Pas surprenant venant de cinéaste aux multiples talents. Les aficionados les plus fadas du groupe trouverons toujours cependant quelques manquements comme toujours comme par exemple le fait qu’il manque parfois quelques images de la très belle tournée européenne de 1966 (les concerts de Munich étant parmi les concerts références du groupe…).

                          Paul McCartney, Circus-Krone-Bau, Munich (Allemagne).

Photo : Frank Fishbeck (24 juin 1966).

 

Près de deux heures donc pour finalement résumer l’idée suivante : décrire les raisons qui ont poussé le groupe à arrêter les concerts. Partir depuis Hambourg jusqu’aux Etats-Unis en passant par les Philippines, le Danemark ou bien le mythique Cavern Club… Sans compter les passages au Ed Sullivan Show qui rassemblèrent des audiences télévisées record pour l’époque ou bien encore Une somme de dates énorme donc… La deuxième tournée américaine rappelons-le se composant de 15 shows en 30 jours (sans compter les passages télévisés, etc.). Un tour de force. Il fallait être complet. Là encore, Ron Howard et l’équipe du film marquent l’essai. Point d’orgue du film, la diffusion en guise de bonus exclusif ; du concert du Shea Stadium datant du 15 août 1965 (avec un extrait bien agressif durant le film rappelant la catastrophe sonore que cela avait été…). Notons encore l’aspect pionnier de ce genre de show qui d’un coup venait d’ouvrir la voie aux concerts de Rock dans les stades. Le tout est une fois de plus très bien ficelé avec pour l’occasion une restauration en 4K pour l’image avec un son plus qu’au rendez-vous. Les cris des fans ayant été bien évidemment diminués là-aussi pour le confort d’écoute. Un bien beau document qui malgré l’absence logique de commentaires – le concert ayant été restitué ainsi dans son déroulement initial, Ndlr -. La performance assez folle ce soir-là de John Lennon à l’orgue valant le détour à elle seule… Après quelques nouveaux extraits fondamentaux montrant le ras-le-bol progressif de cette atmosphère tendue et presque dangereuse dans laquelle les Beatles évoluaient, le film se termine assez promptement ensuite sur l’année 66 et les dernières dates de la tournée américaine… Enfin, vous connaissez tous la suite.

En somme, The Beatles: Eight Days a Week – The Touring Years est un film assez formidable car il permet aux amateurs du groupe de se faire une idée assez réelle du monde dans lequel se développait l’entité The Beatles et la prise de conscience que ce groupe aurait forcément une empreinte sur les générations à venir musicalement comme socialement. Le film porté par de nombreuses coopérations prestigieuses qu’il s’agisse des intervenants ou des institutions liés au projet (Imagine, White Horse Pictures, Paul Crowder ou Nigel Sinclair) est un très bel album de souvenirs finalement peu négatifs tellement la musique suffit à garder le sourire et se rappeler pourquoi nous aimons tant ces quatre-là. Il est certain que beaucoup d’entre vous se reconnaîtront peut-être parmi les spectateurs en délire. Si vous aviez l’âge d’en être ; il est probable que vous ayez un très beau rôle de figurant dans ce documentaire. Alors, chaussez vos bottes, coiffez-vous correctement et courrez-y. « Ladies & Gentlemen, here they are : The Beatles » !

Pour plus d’informations :

Pathé Live et Studiocanal proposent une séance unique et en exclusivité au cinéma le jeudi 15 septembre à 20 heures dans plus de 150 cinémas de l’hexagone (circuits et indépendants). Les billets sont en vente sur les sites Internet des cinémas ou directement aux caisses de ces derniers. Liste des cinémas sur : pathelive.com (ici : bit.ly/8daysAWeek).

Carl Kieser (The Fireman)

                                                                                                                                

                                Affiche du dernier concert officiel des Beatles, le 29 août 1966

           au Candlestick Park de San Francisco.