Paul McCartney à la Paris La Défense Arena : Un Concert Rafraîchissant.

novembre 30, 2018 dans Macca

Paul McCartney à la Paris La Défense Arena – Stéphane de Sakutin pour l’AFP News Agency.

Après les Rolling Stones à l’automne dernier, Roger Waters cet été et de nombreux événements en tous genres, la Paris La Défense Arena qui comme son nom l’indique se trouve à Nanterre accueillait Paul McCartney. Le fringuant jeune talent de 76 ans passait par la France dans le cadre de sa tournée Freshen Up. La plus grande salle couverte, modulable et polyvalente d’Europe – 40 000 spectateurs en configuration spectacle, ndlr – a été le théâtre d’une soirée haute en couleurs et forte en émotions. Ce n’est pas tous les jours qu’un quart des Beatles se déplace à Paris…

 

C’est peu après 19h30 que l’excitation intergénérationnelle commence à monter dans les travées de l’arène. Sur fond de morceaux des Beatles, des Wings et de Paul McCartney en solo, les gens se saluent, se retrouvent comme des anciens camarades de classe. Aller voir ou retourner voir Paul McCartney en concert réserve toujours son lot de sympathiques rencontres entre membres de clubs de fans ou entre inconnu(e)s. De Simple amatrice/teur à passionné(e) acharné(e), les sujets fusent : « Tu l’as vu combien de fois en concert ? », « Tu penses qu’il va enfin jouer tel ou tel morceau ? » … Les débats et les paris sur la setlist vont bon train. La chanson « Venus and Mars » sur l’album du même nom (1975) est semble-t-il le titre qui résume le mieux cette atmosphère : « Sitting in the stand of the sports arena waiting for the show to begin ». Le DJ Chris Holmes assure la montée en puissance avec son légendaire mix qui propose des versions alternatives des chansons de Paul avec les Beatles, les Wings et en solo. L’ambiance est à la fête. Elle a d’ailleurs commencé quelques heures plus tôt pour certain(e)s privilégié(e)s qui ont pu assister aux répétitions. Veinard(e)s – nous mettrons en bonus la liste des chansons interprétées lors du soundcheck en fin d’article, ndlr -.
C’est peu après 20h20 que les lumières s’éteignent. Paul ouvre la marche devant son groupe qui l’accompagne depuis plus de 15 ans. Les gens exultent, les plus fervents d’entre eux foncent vers la barrière. Tout le monde le salue, y va de sa pensée émue, de son expression parfois béate, parfois donnant l’air de ne pas y croire : il est là ! Sir Paul McCartney est dans la place. Tout se bouscule. Le premier accord retentit. C’est un sol. Le fameux accord de « A Hard Day’s Night » !

Paul McCartney et ses musiciens à la Paris La Défense Arena – Stéphane de Sakutin pour l’AFP News Agency.

Tout semble en bonne place. Pour ce qui est du son notamment et considérant tout de même le caractère subjectif de l’appréciation de ce dernier, il semble tout de même que ce qui avait fait grincer des dents a été globalement très bien corrigé. À l’ouverture de la salle en octobre 2017, de nombreuses plaintes avaient émané de la part des personnes ayant assisté à certains concerts. La salle, le public via les réseaux sociaux, les équipes techniques et les ingénieurs du son se renvoyant la balle à coups de « C’est la conception qui est mauvaise », « c’est la faute des techniciens », etc. Durant le concert, le rendu nous a semblé très net, clair. Nous pouvons nous questionner sur la nouvelle législation plus stricte en matière de gestion des niveaux sonores dans les lieux diffusant de la musique. Appliquée depuis le 1er octobre 2018, elle joue probablement aussi sur ce résultat avec un son moins fort et du coup probablement « moins immersif » diront les puristes. Mais de ce fait, peut-être que les mélodies sont moins sujettes à des distorsions ou autres échos désagréables. C’est en tout une piste de réflexion et les échanges autour de cette législation ne font que commencer. Considérations techniques prises en compte, revenons à ce concert qui a visiblement démarré de façon formidable avec ce groupe soutenant au centre un patron en la personne de Paul qui arrange et dirige avec toujours autant d’aisance et d’élégance. Une facilité déconcertante qui nous surprend toujours et un physique qui nous laisse pantois : 76 ans, enfin quelques cheveux blancs assumés, une taille de pantalon probablement similaire à celle d’un trentenaire dynamique. Quelle santé. Son secret ? Nous sommes en droit de penser que le végétarisme a son rôle à jouer. Le reste. Mystère.
Paul régale aussi avec une jovialité communicative. Ses efforts pour parler en français sont touchants et respectueux. Nous sentons qu’il vient pour nous et il le fait dignement. Toujours un plaisir de l’entendre parler la langue de Molière pour évoquer des souvenirs ainsi que pour balancer quelques messages humoristiques. Encore un qui, à l’image de certain(e)s donne envie de vieillir si tenter que c’est ça de vieillir. Quelle vie. Il est au travail comme nous sommes en réunion dans nos activités professionnelles. C’est une façon de fonctionner. La retraite ? Elle ne semble pas d’actualité dans l’esprit de l’ex-membre des Beatles qui est actif depuis ses 13/14 ans et cette première chanson écrite à la guitare, seul ; chez lui : « I Lost My Little Girl ». Aussi, il y a la voix. Cette voix qui faiblit par moments. C’est la vie. Tout simplement. Si à 76 ans, cela n’arrivait pas. Ça serait contre nature. Il parvient tout de même à chanter les chansons dans les tonalités d’origine et s’attaque encore seul à la guitare à des morceaux où il est sans filet comme c’est le cas sur « Here Today ». Il y a évidemment eu quelques accros comme pendant « Maybe I’m Amazed » mais peut-on vraiment le blâmer pour ces quelques notes qui ne sont pas venues, comme coincées, retenues ? Pas sûr. C’est quand même McCartney…

Paul McCartney à la Paris La Défense Arena – Dominique Grandfils.

Le groupe déroule, allant des Beatles aux Wings, des Wings aux Beatles et parcourant les années solo de Paul McCartney. Macca alterne entre la guitare, la basse, le piano… Toujours aussi multitâche. « All My Loving » surgit et précède un « Letting Go » agrémenté d’une section cuivres d’une chaleur et d’une puissance assez inédite depuis quelques années. Un moment inimaginable. La suite est une somme de classiques et de surprises formidables. L’album Egypt Station, dernier opus en date de Macca n’est pas en reste avec trois chansons interprétées durant le concert : « Who Cares », « Come On To Me » et « Fuh You ». Trois singles en forme de tubes aux textes ciselés, adaptés à sa tessiture et aux mélodies accrocheuses. Parmi les chapitres de ce concert, nous avons eu droit comme c’est la tradition depuis quelque temps à une partie acoustique avec des reprises de certaines chansons issues de ses débuts comme « Love Me Do » ou « In Spite Of All The Danger ». Notons parmi les chansons des Wings la présence dans la setlist du toujours épique « Nineteen Hundred And Eighty-Five » ainsi que de « Let ‘Em In ». Saluons particulièrement le choix de ce single millésime 1976. Macca en propose une nouvelle lecture avec ces fameux cuivres. Bien entendu, la séquence émotion était aussi prévue avec « Blackbird », une chanson « sur les droits civiques » comme l’explique McCartney. « Here Today », paru sur Tug Of War (1982), titre en hommage et « en forme de conversation entre John et lui » continue sur ce registre. Poignant. Dans les classiques des soirées avec Paulo, il y a aussi le bloc de feu avec son crescendo infernal : « Band On The Run », « Back In The U.S.S.R. », « Let It Be » ainsi que l’explosif et dantesque « Live And Let Die » qui réveille définitivement la salle avec ses pyrotechnies habituelles et l’épilation gratuite des sourcils pour les personnes situées dans les premiers rangs. Un enchaînement qui est d’ailleurs souvent à l’origine de nombreuses extinctions de voix dans l’assistance.

De notre côté, nous pensons à quelques mentions spéciales telles que le retour de « Queenie Eye », pétillante chanson issue de New (2013) ou bien encore « Got To Get You Into My Life » qui a pris une dimension encore plus mythique que jamais, une fois de plus grâce à un nouvel arrangement avec de « vrais » cuivres. D’autres grands moments de ce concert parisien sont à signaler. « Junior’s Farm », « I’ve Got A Feeling » et cette descente à l’énergie Métal ahurissante, avançant en mode rouleau compresseur, « My Valentine » et son magnifique solo exécuté d’une main de maître par Rusty Anderson à la guitare classique adressée à la compagne de Paul, Nancy. Mais aussi cette bonne vieille Madame Madonna suivie de près par une certaine « Eleanor Rigby » et le sublime « Something ». Ce dernier moment, toujours parmi le top trois des grands instants d’émotion lors des concerts de McCartney ; était l’occasion de rendre hommage à George Harrison, son « frérot » décédé le 29 novembre 2001. Une certaine idée de la plénitude.

Paul McCartney à la Paris La Défense Arena – Dominique Grandfils.

En outre, quel plaisir d’entendre à nouveau « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise) » et ce démentiel « Helter Skelter » qui donne encore et toujours le tournis à celle ou celui qui monte à bord du manège… Les jambes flagellent encore. Terminons enfin ce survol des quelques 38 chansons du concert (setlist en fin d’article) par le medley indispensable pour terminer la soirée : « Golden Slumbers »/« Carry That Weight »/« The End » et sa fameuse phrase finale, universelle, prophétique ; définitive que nous ne manquons pas de vous rappeler une fois de plus sur nos pages tant ce moment est un de ceux qui donnent des raisons de rester sur cette planète : « And in the end, the love you take, is equal to the love you make ». Inutile aussi de rappeler peut-être que c’est la dernière phrase de la dernière chanson du dernier album enregistré par les Beatles. Pourquoi est-ce que c’est si parfait ? En tout cas, difficile de faire plus ultime.

Nous arrivons au bout du voyage. Près de 2h40 de show qui nous ont paru durer 10 minutes tant tout était dense et exécuté avec une superbe cohésion. Nous avons été toutes et tous touché(e)s par la valeur de ces chansons ancrées à jamais dans la culture populaire et dans l’ADN des gens. Les plus fans seront peut-être pinailleurs sur certains éléments : pas de « Yesterday », pas de gens invités à passer un instant avec lui sur scène, un concert un peu plus court que d’habitude, un seul rappel au lieu de deux… Qu’importe. L’ensemble a été une fois de plus maîtrisé de main de maître de la part de Paul. Ce sont aussi ces changements, ces ajouts ou ces suppressions qui ont participé à un renouveau et à ce rafraîchissement promis par l’intitulé même de la tournée : Freshen Up. Paul nous accompagne depuis si longtemps. Il est comme un ami, un membre de la famille dans laquelle il faut faire des zig-zags, prendre des décisions. Il a remis une pièce dans la machine avec cette nouvelle tournée et montre encore une fois qu’il a beaucoup d’avance sur son temps. Ce dernier ne semble d’ailleurs pas avoir beaucoup d’emprise sur son talent et sa personne. Avec Egypt Station, il a pu repartir tranquille sur les routes du monde entier. Il enchaîne à un rythme qui fait mouche : Un jour à Paris, deux jours après à Copenhague… Et ainsi de suite, de ville en ville. Cela tient de la recette miracle dans laquelle certains des ingrédients sont forcément la discipline, la passion, le sérieux et la persévérance. Pour tenter de mieux synthétiser cet esprit, nous laissons les mots de la fin à notre hôte qui s’exprime ainsi dans le programme de la tournée :

« En pensant à cette tournée, je me demandais ce que nous essayions de réaliser. […] Au moment où nous sommes prêts à jouer pour vous, il a fallu beaucoup de sueur pour le préparer. Nous sommes prêts. Vous et nous, ensemble, faisons bouger la baraque ! » – Paul McCartney.

Et comme dit Paul : « Je vous kiffe. À la prochaine ! ». Nous répondons : « Nous t’aimons. Passe quand tu veux, nous serons là ».

 

Soundcheck
Jam
Honey Don’t
Coming Up
Day Tripper
C Moon
I Don’t Know
It’s So Easy
Every Night
Ram On
Midnight Special
It’s Time For My Massage
Lady Madonna

 

Concert

A Hard Day’s Night
Junior’s Farm
All My Loving
Letting Go
Who Cares
Got To Get You Into My Life
Come On To Me
Let Me Roll It + Foxy Lady » Jam
I’ve Got a Feeling
Let ‘Em In
My Valentine
Nineteen Hundred and Eighty-Five
Maybe I’m Amazed
I’ve Just Seen A Face
In Spite Of All the Danger
From Me To You
Michelle
Love Me Do
Blackbird
Here Today
Queenie Eye
Lady Madonna
Eleanor Rigby
Fuh You
Being for the Benefit of Mr. Kite!
Something
Ob-La-Di, Ob-La-Da
Band on the Run
Back in the U.S.S.R.
Let It Be
Live and Let Die
Hey Jude

Rappel :
Birthday
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise)
Helter Skelter
Golden Slumbers/Carry That Weight/The End