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Les Beatles et le hit-parade français

Cinquante ans après leur séparation, la musique des Beatles n’a pas pris une ride et leurs chansons restent des hymnes intemporels à travers le monde. John, Paul, George et Ringo ont dominé les années soixante au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans les pays anglophones. Ce fut plus compliqué en France, avec la barrière de la langue et des traditions culturelles différentes.

En janvier 1964, les Beatles débarquent discrètement à Paris pour se produire à l’Olympia pendant trois semaines. En Grande Bretagne et en Scandinavie,  les Anglais provoquent déjà des scènes d’hystérie, mais en France, leurs premiers titres sont passés inaperçus. Les spectateurs qui se pressent boulevard des Capucines viennent applaudir Trini Lopez ou Sylvie Vartan, mais certainement pas ces quatre jeunes inconnus. Pourtant, les chanceux qui les découvriront pendant cette série de concerts seront conquis pour toujours.

C’est à Paris, que les garçons de Liverpool apprennent qu’ils tiennent leur premier numéro un aux États-Unis avec « I Want To Hold Your Hand ». La Beatlemenia a envahi la planète, mais, comme Astérix et son village gaulois qui résistent à l’envahisseur romain dans la bande-dessinée crée par Goscinny et Uderzo, en 1959, la France ne cède pas à cette musique venue de Liverpool. Pourtant, une partie de la jeunesse va adhérer au son des Fab Four et les concerts au Palais des Sports de juin 1965 provoqueront des débordements sévèrement réprimandés par la police.

Il faut attendre le 19 février 1966 pour voir les Beatles atteindre la première place du hit-parade français avec le 45 tours « Michelle » et détrôner « Le Folklore Américain » de Sheila ». Les astucieuses paroles écrites dans notre langue par Paul McCartney ont fait mouche. Le titre reste cinq semaines en tête et n’est délogé que le 26 mars par « Mon Credo » de Mireille Mathieu.

Les Beatles reviennent en force avec « Yellow Submarine » qui est numéro un le 1er octobre 1966 après le « Love Me Please Love Me » du jeune Michel Polnareff. L’état de grâce ne dure qu’une semaine, car le sous-marin jaune est délogé par Johnny Hallyday et « Noir c’est noir ». Dans son adaptation française, le submersible deviendra vert, pour une question de rime avec les interprétations des Compagnons de la Chanson et de Maurice Chevalier.

Les chansons anglo-saxonnes peinent à percer dans l’Hexagone. En 1967, Procol Harum tient le tube de l’été avec « A Whiter Shade Of Pale ». Le 9 septembre, Les Beatles reviennent au top avec « All You Need Is Love ». Mais Salvatore Adamo reprend la main avec « Une Larme Aux Nuages », avant le triomphe de « La Dernière Valse » de Mireille Mathieu.

En 1968, les Beatles sont battus par David McWilliams et « Days Of Pearly Spencer », les Moody Blues et leur « Nights In White Satin », la « Delilah » de Tom Jones, « Rain And Tears » des Aphrodite’s Child ou la « Monia » du Suédois Peter Holm. Les chansons de l’Album Blanc ne peuvent rivaliser avec « Le Temps des Fleurs » de Dalida ou « Ma Bonne Etoile de Joe Dassin. Les quatre garçons dans le vent ne font pas mieux, l’année suivante, dans un classement dominé par Joe Dassin, Rika Zaraï, Richard Anthony, David Alexandre Winter, « Le Métèque » de George Moustaki, « Que Je T’aime » de Johnny Hallyday qui reste seize semaines numéro un et Jean-François Michael avec « Adieu Jolie Candy ». En 1970, les Français restent insensibles aux dernières chansons des Beatles. Même « Let It Be » ne parvient pas à faire mieux que les Aphrodite’s Child  et « It’s Five O’Clock » ou le « Laisse-moi t’aimer » du jeune Mike Brant. En solo, George Harrison place « My Sweet Lord » à la première place du 16 janvier au 5 mars 1971.

L’hymne pacifique de Lennon « Imagine » n’atteint que la treizième place du classement. L’année suivante, un Ringo est au sommet, mais pas le batteur des Beatles. Il s’agit du français Guy Bayle qui deviendra le mari de Sheila.

Aucun autre titre, des quatre musiciens en solo ne parviendra à retrouver la tête du classement. Au décès de Lennon, le public français préférera « Woman In Love » de Barbra Streisand au « Woman » de John qui n’atteindra que la 21ème place du hit-parade.  Les Beatles n’auront donc placé que trois chansons en tête du hit-parade francophone (+ Harrison en solo). C’est bien peu et cela s’explique également par le manque d’information du public à une époque bien différente de la notre. Heureusement, qu’au fil des décennies, l’engouement du public français n’a cessé de croître pour ce groupe de légende.

Dominique Grandfils

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